Voici pourquoi Toulouse mériterait d'être classée à l'UNESCO

En 2014 le maire de Toulouse lançait la démarche d'une candidature de Toulouse à un classement UNESCO. Cette initiative en a surpris plus d'un, y compris (et peut-être surtout) à Toulouse : ne parlait-on pas de cette ville comme de « la capitale du vandalisme », pour reprendre les mots de Montalembert ? Que pourrait donc justifier une telle ambition ?

Pourquoi ce site ?

Bien que Toulouse possède un très riche patrimoine architectural et historique, pouvant en remontrer à celui de bien des villes déjà classées à l'UNESCO, le projet de candidature semble avoir du mal à convaincre. Il peine d'abord à emporter l'adhésion des Toulousains eux-mêmes : ainsi une personnalité politique candidate aux plus hautes fonctions municipales a-t-elle évoqué son souhait d'abandonner cette candidature si elle était élue à la mairie en 2020.

Je ne suis pas là pour juger ni pour faire de la politique, si des doutes existent c'est qu'il y a des raisons. Tout d'abord Toulouse a parfois semblé mépriser son patrimoine : au XVIIIème siècle, après plus de 1300 ans d'existence, on a laissé détruire l'ancienne Daurade et ses mosaïques dorées, plus vieille église mariale de France et témoin unique de l'architecture chrétienne du Vème siècle. Au XIXème siècle se sont de fameux cloîtres romans qui ont été démolis, au XXème siècle - c'était hier - on a rasé à la va-vite les vestiges d'une grande porte romaine sous la place du Capitole et les fondations du palais des rois wisigoths, dernier témoignage d'un siècle où Toulouse régnait sur un territoire allant de la Loire à Gibraltar... pour le patrimoine tout n'a certes pas toujours été rose dans la ville rose.

D'autres facteurs peuvent également peser d'un poids négatif. Toulouse ne se livre pas facilement : ses tours dites (abusivement) "capitulaires" sont cachées dans des cours désormais souvent fermées par digicode ; sa production architecturale a parfois différé des canons nationaux, tant par l'usage de la brique que par son éloignement de Paris, la rendant plus sensible à d'autres influences ; son riche patrimoine Renaissance est éparpillé aux quatre vents, ce qui le rend moins perceptible ; et la Ville n'a pris conscience que tardivement qu'il fallait également faire attention à l'environnement des monuments et pas seulement aux monuments eux-mêmes. J'ajouterai un dernier handicap (opinion personnelle) : la curieuse absence dans les divers comités chargés de mener la candidature de nombre d'historiens toulousains réputés.

Et pourtant, ainsi que j'entends vous le montrer avec ces quelques pages web, Toulouse dispose d'un patrimoine extraordinairement riche et préservé couvrant toutes les périodes de ces mille dernières années. En entrant dans les cours fermées, en réunissant par thèmes et collections des photos de bijoux architecturaux dispersés, en revenant sur quelques grandes heures historiques trop méconnues des Toulousains, je compte bien, à ma manière amateure - nécessairement lacunaire - et sans me prendre trop au sérieux, expliquer pourquoi le célèbre architecte Eugène Viollet-le-Duc, admiratif, voyait en Toulouse "le Nuremberg de la France". Et convaincre l'internaute toulousain (mais aussi le non-toulousain...) que sa ville a bien le potentiel pour réussir dans sa quête du classement UNESCO.

Je me limiterai cependant dans ces pages (sauf marginalement pour les institutions) aux périodes romane, gothique et Renaissance, d'abord pour ne pas faire trop long, et ensuite car c'est à mon avis pour son architecture du XIème au XVIème siècle que Toulouse se distingue plus particulièrement, avec peut-être pour ces siècles pris dans leur ensemble le plus riche patrimoine urbain de France : une des plus grandes et remarquables églises de l'ère romane, un art gothique original et militant plongeant ses racines dans un XIIIème siècle de fureur, de feu et de sang, une quarantaine de tours d'escalier médiévales ou Renaissance, des dizaines et des dizaines de riches portes et fenêtres Renaissance venant orner ses hôtels particuliers... la liste n'est pas limitative. Pour chacune de ces époques Toulouse a au moins un monument extraordinaire à mettre en avant, généralement bien accompagné par une cohorte d'édifices illustrant la profondeur de la richesse artistique et architecturale de ces siècles lointains.

Un tel tableau relativise quelque peu l'image d'une ville qui aurait soi-disant sacrifié son patrimoine... mais attention celui-ci reste fragile, et l'avenir toujours incertain. Voilà pourquoi la perspective d'un classement UNESCO, outre la reconnaissance de la valeur de ce patrimoine unique, pourrait s'avérer un facteur important dans sa prise en compte et sa sauvegarde par les Toulousains.


Le thème de la candidature

C'est peu dire que le thème de la candidature n'a pas été facile à déterminer. Si Toulouse n'avait connu qu'une seule époque de gloire, les choses auraient été plus simples. Aurait-il fallu par exemple privilégier les hôtels particuliers de la Renaissance, avec l'exceptionnel hôtel d'Assézat en figure de proue, thème plus facile qui aurait sans doute eu toutes les chances de succès ? Mais ça aurait alors signifié oublier le Couvent des Jacobins et son fameux palmier unique au monde par son envergure, la basilique Saint-Sernin peut-être encore plus remarquable, le Pont-Neuf (trop mésestimé), l'emblématique Capitole et sa place... bref écarter une grande partie de ce qui fait la grandeur de l'architecture de Toulouse.

Le comité scientifique chargé de définir le thème de la candidature a donc choisi le parti le plus ambitieux, mais aussi le plus ardu, celui d'englober l'ensemble de la vieille ville dans une thématique commune. Celle-ci ne pouvait être une thématique déjà choisie par d'autres villes classées à l'UNESCO, ce qui ne facilite évidemment pas les choses.

Le thème retenu est donc celui-ci : Toulouse capitale : le centre historique et sa richesse patrimoniale et urbanistique, héritée de l'organisation des pouvoirs au fil des siècles.

Est-ce un objectif trop ambitieux pour une ville qui fut surtout une capitale provinciale, et qui ne compte plus au nombre de ses monuments de château emblématique, symbole par excellence du pouvoir ?

L'originalité et la richesse du patrimoine architectural et historique de Toulouse laisse espérer quelque chance de réussite, mais l'ambition d'une telle thématique fait qu'elle sera certainement longue à mûrir. Et qu'elle aura besoin de tous les soutiens possibles, même modestes, d'où ces quelques pages que je vous invite à "feuilleter" avec moi.